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2009-07-07

PUBLICATION

Paru dans le n° 629 du Manuel de la Peinture et de la Décoration

 LES MARBRES ITALIENS EN TROMPE L'ŒIL

 

 

                                   

 

                                    Brèche Violette, Blanc veiné, Jaune de Sienne, Portor

 

 

Les marbres italiens, tout comme les marbres français avec lesquels ils rivalisent de beauté, ont orné à profusion les demeures royales et les grands édifices dans toute l'Europe.

Cette abondance ayant eu pour conséquence l'épuisement des carrières, cela justifie d’autant plus la raison supplémentaire de les peindre en trompe l’œil.

 

La Brèche Violette, le Jaune de Sienne, le Portor et le Blanc veiné de Carrare ici représentés sont d'ailleurs quelques un du "répertoire" des marbres auxquels le peintre en décors a le plus souvent recours pour leurs grandes valeurs esthétiques.

 

A l’inverse du « faux-marbre » qui signifie une contrefaçon de la matière, dans « l’imitation des marbres », le peintre cherche à traduire cette matière comme un artiste reproduit un paysage.

En imitant la nature des marbres, le décorateur ne doit donc pas se contenter d’ une copie servile, mais il doit faire une œuvre décorative s’intégrant dans un ensemble en donnant l’impression du matériau que, pour une raison ou une autre, on n’a pu y intégrer, non pour se substituer à lui, mais pour en remplacer les qualités décoratives.

 

La composition que nous vous proposons est inspirée de la décoration murale de la Villa Kerylos à Beaulieu-sur-Mer, reconstitution unique au monde d’un fastueux palais de la Grèce antique.

L’harmonie des couleurs complémentaires – Jaune et violet – est des plus agréable, servie et valorisée par le gris, mélange optique du noir (Portor) et du blanc (Carrare).

 

Chacun de ces marbres à un graphisme qui lui est particulier et qui identifie sa provenance.

L’apprentissage de leurs mises en peinture passe par le jeu des « écritures » propre à chacun des outils nécessaires à les réaliser: deux-mèches, brècheur, brosse à marbrer, chiqueteur.

Cette « écriture » est à notre travail ce que le solfège est à la musique et, loin d’être contraignante, permet, au contraire, au peintre de créer et même d’inventer des matières du plus grand intérêt décoratif.

 

Ainsi donc, changer les couleurs de sa palette ne suffit pas à apporter de la variété dans ses réalisations. Il faut s’imprégner de ce que la nature nous offre comme plus beaux spécimens, comprendre la formation géologique de la matière pour pouvoir la reproduire et surtout l’idéaliser.

 

La Brèche Violette traitée comme ici dans la contre-passe (c’est à dire dont le débit est perpendiculaire au lit de la carrière) se caractérise par un cailloutage anguleux, fermé et trapu.

Bien que nous soyons en présence d’une brèche très fragmentée, l’allure générale de ce marbre n’en conserve pas moins une certaine souplesse.

 

Le Portor se décline en une succession de crochets arrondis et reliés entres-eux par de fines veines saccadées. Ce réseau de crochets forme des chaînes au parallélisme relatif. Le terme « écriture » s’applique plus que jamais pour le Portor tant sa mise en œuvre est calligraphiée.

La principale difficulté de ce marbre sera dans l’ordonnancement des crochets afin d’avoir une composition rythmée et équilibrée qui ne soit pas monotone.

 

Le Jaune de Sienne, abondamment utilisé au XVII° et au XVIII° siècle, peut aussi, grâce à ses couleurs chaudes et à la discrétion de son veinage, trouver sa place sur des grandes surfaces dans des intérieurs contemporains selon qu’il est traité plus ou moins foncé.

Les parties très fragmentées, représentées dans notre exemple, forme une brocatelle qui se justifient dans le cas d’incrustations. Il faudra éviter des brèchages trop noirs et trop durs par faute de demi-tons. 

 

Le Blanc veiné de Carrare présente, d’un échantillon à l’autre, de grandes disparités dans ses veinages. Ce marbre accompagne souvent ceux plus chamarrés dont il exalte les couleurs et remplit aussi avantageusement de grandes surfaces. Il peut-être pur et cristallin on l’appelle alors « marbre statuaire » ou avoir un veinage très prononcé et parfois même « anarchique » qui nous ferait perdre nos leçons de composition.

 

Cette introduction aux marbres italiens qui traite d’un sujet qui nous est cher et sans lequel, à notre sens, la pratique est vaine - la composition - précède une revue de chacun de ces matériaux que nous aurons l’occasion de traiter en détail dans les prochaines parutions.

 

Votre fidèlement dévoué.

Jean Sablé